Présentation

On se souvient des perspectives prophétiques que Tocqueville esquisse, à la fin du premier volume de La Démocratie en Amérique, à propos des deux grands peuples, le peuple russe et le peuple américain, appelés chacun « à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde ».

Ce qui n’était qu’une vue lointaine en 1835 a pris corps pour de bon en 1917, avec la révolution bolchevique, d’un côté, et l’intervention américaine dans la Première Guerre mondiale, de l’autre. Elle a achevé de se concrétiser en 1945, au terme de la Seconde Guerre mondiale qui allait déboucher sur la confrontation des deux superpuissances et de leurs blocs respectifs. Un siècle après, la commémoration de ces deux événements inauguraux qu’ont été l’entrée dans l’ère des totalitarismes en Russie et l’arrivée des États-Unis dans la conduite des affaires du monde est l’occasion de mesurer le chemin parcouru.

L’Union soviétique née de l’« Octobre rouge » n’est plus. L’empire est dissous, le communisme répudié. Dans ce contexte, que peut vouloir dire « commémorer » un événement dont on cherche à effacer les traces, demande Marc Ferro ' En France, l’idée communiste sur le mode soviétique a trouvé une terre d’accueil favorable, sous les traits d’un parti longtemps puissant. Quelle trace en reste-t-il dans la mémoire collective ' Sophie Cœuré en sonde les manifestations. Stéphane Courtois élargit l’enquête à l’espace européen, y compris l’Europe qui a connu la domination communiste.

Nous avons saisi l’occasion pour revenir sur une œuvre exceptionnelle, le récit hors norme de la révolution russe que constitue La Roue rouge d’Alexandre Soljenitsyne. Georges Nivat en retrace la gestation et l’évolution du regard de son auteur sur les événements qu’il embrasse. Il montre comment Soljenitsyne s’est progressivement détourné de la vision d’une « bonne » révolution démocratique de Février à opposer à la « mauvaise » révolution totalitaire d’Octobre, au profit de la vision tragique d’une impossible démocratisation russe.

La disparition de l’Union soviétique a laissé le champ libre au règne des États-Unis qu’on a pu croire un moment installés dans le rôle d’une « hyperpuissance » sans partage. L’évolution du monde s’est vite révélée plus contrastée, au point qu’il y a lieu de s’interroger sur ce qui reste du « siècle américain ». Adam Tooze en analyse le déploiement et en scrute les limites.



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