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Avec le recul, une date ne cesse de prendre du relief, rétrospectivement, comme point d’origine du monde tel qu’il va : 1979, l’année où tout a basculé. Personne n’a discerné sur l’instant la portée d’une série d’événements dont certains ont même suscité beaucoup de méprises, ni fait le rapport entre eux. Mais l’après-coup ne laisse plus de doute sur leur caractère de source des grandes données qui organisent la situation actuelle.

1979 : une année électorale parmi tant d’autres en Occident. Sauf qu’avec les élections de Margaret Thatcher, au Royaume-Uni, et de Ronald Reagan, aux États-Unis, c’est une inflexion majeure du cours idéologique et politique de nos pays qui s’est opérée, sous l’aspect de l’ouverture du cycle néolibéral. Françoise Coste et Richard Vinen replacent ces tournants électoraux dans leur contexte.

La désignation d’un nouveau pape est rarement un événement géopolitique. Ce fut pourtant le cas avec l’élection de Jean-Paul II en novembre 1978. Philippe Levillain en relate les circonstances et en analyse le retentissement.

La plus grande surprise de cette année féconde fut certainement la révolution islamique en Iran, à tel point que, dans un premier temps, les observateurs virent la révolution sans voir l’islam. C’est pourtant lui qui allait passer très vite au premier plan au cours des années suivantes, en installant le « retour du religieux » dans le paysage. Olivier Roy revient sur les suites de cette résurgence que l’on n’attendait pas.

L’entrée des troupes soviétiques en Afghanistan, en décembre 1979, suscita beau coup d’émotion, en paraissant ratifier l’existence d’une évolution du régime vers une stratégie de conquête. En réalité, ce fut le commencement de la fin pour un système à bout de souffle, montre Hélène Carrère d’Encausse, en démontant les motifs de cette erreur générale d’appréciation.

Il n’y eut pas grand monde, en revanche, pour discerner la portée des très discrètes mesures d’ouverture économique de la Chine adoptées sous l’impulsion de Deng Xiaoping. Ce n’en fut pas moins le point de départ de l’ascension fulgurante d’une puissance qui allait bouleverser les rapports de force mondiaux. Jean-Pierre Cabestan démêle les conditions de ce changement politique dont les auteurs étaient sans doute loin, eux-mêmes, d’envisager les conséquences.