DOSSIER : Trois regards critiques

Présentation

La haute culture a vu s’effacer, dans la période récente, une figure qui y avait tenu une place centrale depuis la mi-xixe siècle : la figure du critique. Figure composite, discutée, mais organisatrice, entre la littérature, l’art, la société et la politique. Figure médiatrice, assurant, au-delà de l’appréciation spécialisée des œuvres, l’existence sociale des idées et des goûts. Une figure décisive pour l’inscription des choses de l’esprit dans la vie publique dont on sait qu’elle a durablement constitué l’originalité de la culture française et sans laquelle la figure plus familière de l’intellectuel n’eût pas été possible. Il fallait au préalable un Sainte-Beuve pour que l’intervention d’un Zola prenne son sens et sa force.

On sait tout, désormais, sur l’intellectuel et les intellectuels ou, du moins, on sait beaucoup. On ne sait pas grand-chose, en revanche, sur le critique et les critiques. La fonction reste largement à analyser et l’histoire de ce magistère d’un genre particulier est en grande partie à écrire.

Les trois études de cas qu’on trouvera ici témoignent à la fois de la diversité des démarches et de la cohérence du rôle.

Antoine Compagnon, auquel on doit de mémorables travaux sur Lanson et Brunetière, tire de l’ombre, en la personne d’Albert Thibaudet, « le dernier critique heureux ». Nous reproduisons à l’appui un article programmatique de Thibaudet sur l’histoire des intellectuels qui illustre son intime connaissance des rapports entre littérature et politique dans la France de son temps.

Jean Lacouture ressuscite en Élie Faure l’un des inventeurs du « musée imaginaire » au xxe siècle, avant Malraux. Mais en dehors de l’histoire de l’art, la curiosité du critique brassait large, comme l’attestent les pages inspirées sur Lamarck que nous republions.

Plus près de nous, André Fermigier a pu encore collaborer aux premiers numéros du Débat. Il a sans doute été l’un de nos derniers grands critiques. Françoise Cachin retrace son itinéraire et caractérise son inimitable manière. Celle-ci ressort à son meilleur dans le texte sur Bonnard et Picasso que nous joignons, dans son mélange de science maîtrisée et de liberté de jugement.

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